Refrain et poème du 138ème

Comme tous les régiments français le 138ème possède son refrain destiner à être joué au clairon et chanté. L'auteur est inconnu et vu le texte c'est peut être mieux ainsi!

Allons, les trois bataillons

Nos ennemis

Sont dans la campagne!

Hardi les douz' compagnies,

Nos ennemis

Sont dans le pays.

Il faut nous hâter,

Pour les rattraper

Et causer un peu de nos affaires!

Il faut bien marcher

Pour les voir de près

Et leur boulotter les poils du nez!


Le 22 août 1914 le 138ème doit attaquer Neufchateau (Belgique) précédé par le 107ème. Arrivé à Hartfontaine ce dernier régiment est accueilli par une violente canonnade et ne peut éboucher de ce village/ Pendant la traversée de ce village par le 107ème, le 138ème s'était rassemblé en formation articulée à 800m environ au sud du village subit, lui aussi, la canonnade et il éprouve des pertes sans avoir été engagé. C'est ici que ce passe l'action racontée par le poème de ELISEE DORE.

 

Dédié à Monsieur le lieutenant Carrère, porte drapeau
Au 138e régiment d’infanterie

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DRAPEAU !
Le 138e


Récit tiré d’un ordre du jour de l’armée
PAR ELISEE DORE
Poète aveugle
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C’était le vingt-deux août, début de cette guerre
Qui surpassait déjà les horreurs de naguère
Vit jamais un autre siècle : et que fut-ce depuis !
La Belgique flambait. De partout assaillis,
Non pas à la valeur mais ne cédant qu’au nombre,
Nos héros du recul avaient vu l’heure sombre
En Alsace, d’abord conquise d’un élan
Que trop impétueux. Les hordes du tyran,
Seul fauteur du fléau, que d’avance l’histoire
Clou à son pilori, pensaient chanter victoire.
En certain point du front, un de nos régiment,
Sous l’averse de fer, voit s’éclaircir ses rangs.
Devant lui, sans relâche, infernale charrue,
Obus, balles, shrapnells fouillent la plaine nue,
En labourant la terre, y creusent leur sillons,
Préparant à la mort, sa hideuse moisson,
Pourtant l’ordre est donné : c’est « en avant », quand
[même;

« L’en avant » que parfois, à ses hommes qu’il aime,
Plus d’un officier jette avec quelque terreur,
Pressentant l’hécatombe au affres de son cœur.
« La Marseillaise » mêle, à d’autres sonneries,
L’appel de ses accents. Mais quelques compagnies,
Devant le mur d’acier hésitent… vont faiblir :
La bête humaine ainsi se cabre et peut faillir
Même en dépit souvent de l’âme la plus fière.
Un brave c’est dressé : le lieutenant Carrère.
La main preste et fébrile il rejette au hasard
L’étui cachant les plis roulés de l’étendard
Du cent trente-huitième. En fonçant il déploie
Et fait claquer au vent son emblème de soie,
Sans retourner la tête, en hurlant : « Au Drapeau ! »

En fallait-il bien plus ! Si le geste fut beau,
Qu’il fut vite compris, et plus vite enlevée
Cette position des deux camps convoités ;
Car pas un ne fut sourd à la voix de son chef :
Un seul bond, d’un seul cœur, ce fut sublime et bref
Certes, mon lieutenant, ce serait une insulte
Aux nobles galons d’or, dont vous avez le culte,
Qu’exalter l’héroïsme, au-devant du trépas,
Vous jetant le front haut : je ne le ferais pas.
Mais il faut des lauriers à votre connaissance
De l’esprit d’idéal de ces enfants de France
A qui vous eûtes l’heur de montrer le chemin
Tracé par vos aïeux. D’avoir été certain
De dompter par un cri cette peur, qui fit blêmes,
Sans les déshonorer, jusqu’aux grognards eux-mêmes,
Votre nom doit avoir sa place au livre d’or
Que nos petits-enfants aux leurs liront encor,
Ressuscitant les preux qu’à chaque page il chante.
Et toit Guillaume ! Aux yeux agrandis d’épouvante
Par le spectre vengeur du châtiment prochain,
Ouvre-les davantage, et regarde au lointain :
Vois tes lourds bataillons, s’ils s’avancent en masse,
De gradés dignes d’eux, il leur faut la menace
Des revolvers braqués ou du bancal aux reins ;
Pour traîner à l’assaut ces pillards assassins,
Comme toujours, la schlague est l’argument suprême.
Mais regarde plus loin et compare toi-même :
Vois les nôtres, tapis au sol, presque tremblants,
Révolte de la chair, naturelle à vingt ans ;
Mais, pour les enlever, nul besoin de cravache :
Leurs trois couleurs au poing, un vaillant les arrache
A leur précaire abri par deux mots… combien courts :
« Au drapeau ! clame-t-il, c’est-à-dire, au secours,
« Pour la France et l’honneur ! » Et la charge déferle.
Croyant voir la patrie, ils ajoutent leur perle
A son collier de gloire. A ceux-ci, vrais soldats,
Qu’importent tes efforts… tu ne les vaincras pas.

Lieutenant Carrère Porte drapeau du 138ème

 

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