LA MARNE — LA POMPELLE (4 Septembre - 2 Octobre)

 

   Le 4 septembre, le bataillon DESSIGNY et le 2e bataillon (CLANCHÉ) qui a rejoint le Régiment, cantonnent à Aulnay-l'Aitre après une marche des plus pénibles.

   Le 5, embarquement en chemin de fer à Vitry-le-François où l'on retrouve le 3e bataillon. Le régiment débarque à Chavanges et gagne Saint-Christophe.

 

SOMPUIS (6-10 Septembre)

Les Combat de Sompuis (photo en principe prise pendant le combat. En fait un photomontage!)

 

Humbeauville (Photo couleur de 1914)

   Le 6, le mouvement de retraite est arrêté, le Régiment reprend sa marche en avant et est dirigé sur Rosnay-l'Hôpital.

   Le 7, marche sur Saint-Ouen et la côte 194 (deux mille mètres S.-O. d'Humboville). A seize heures, le Régiment est sur ses positions. L'ordre du jour du général Joffre est lu aux troupes ! La minute est solennelle. A dix-huit heures, ordre d'aller bivouaquer à Brèbant où l'on arrive à vingt-deux heures,

Le 8 septembre à 3h. 30, le Régiment regagne son emplacement de la veille à la côte 191. Le 50e est à droite vers la côte 171, le 63e à gauche un peu en retrait. Le canon gronde; on attend le choc avec confiance. Il se produit à 12h30 et se traduit par une vive fusillade entre les éléments avancés.
Autour de Sompuis

La nuit met fin au combat, le Régiment bivouaque sur place.

   Le 9, à six heures, le 138e se porte à l'attaque de Sompuis.

   Objectif : Moulin détruit.

   Dispositif : 2e bataillon en tête. 2 compagnies en première ligne, 2 en réserve.

   3e et ler bataillons en réserve à cinq cents mètres en arrière.

La côte 196 entre Sompuis et Humbeauville
Sompuis
  Dans les bois touffus, la marche est pénible et les clairières sont violemment bombardées par l'ennemi; sous les couverts, de terribles combats singuliers s'engagent. Le sergent BOUILLAUD, en reconnaissance avec un homme, se trouve en face d'une patrouille ennemie de trois hommes, il en tue un et fait prisonnier les deux autres.

  A dix-huit heures le régiment se trouve encore à 2.000 mètres au sud de Sompuis. Le capitaine PINSARD est tué, le lieutenant JADOT et le sous-lieutenant REA sont blessés, plus de cent hommes manquent. Le Régiment reste en position pendant la nuit. Le 10, au matin, la lutte reprend et à 12h30, le 3e bataillon entre dans le village de Sompuis violemment bombardé par l'ennemi et encombré de blessés allemands. A notre gauche, le 21e Corps, arrivé de la veille, presse l'ennemi. Les Allemands reculent, couverts par des rafales violentes d'obus de gros calibre, et c'est seulement à dix-neuf heures que le Régiment peut déboucher du village et s'établir vers la voie ferrée.

   Le 11 septembre, c'est la victoire !

Sompuis
Tombes de soldats parmis lesquels les
tués du 138ème à Sompuis.

         Pressant les arrière-gardes allemandes, le 138° passe à Coole et se dirige à travers champs sur Torgny-aux-Bœufs.

   Le 12, il traverse Coulmiers, Aulnay-l'Aitre et arrive à la Cense des Prés. Le 13, il est à Auve qui est entièrement détruit. Le 14 et le 15, il se trouve prés de Laval où il participe à l'action du 17e C. A.; le 16, il se porte par la voie romaine sur Cabane (2.000 mètres S.-O. de Perthe-les Hurlus) où stationne le 1er bataillon. Les deux autres bataillons bivouaquent près de Somme-Suippes.

   Le 17 septembre, le Régiment se dirige sur Perthe-les-Hurlus et bivouaque dans les bois du sud du village. Le 18, il est relevé par le 83e et regagne Somme-Suippes.

   Le 19, il est dans le Camp de Châlons, à l'Arbre Chenu, en réserve de la 24e Division qui attaque Saint-Hilaire-Ie-Grand. Il y reste le 20. Le 21, après un repos de trois heures sous les hangars de l'aviation, il repart pour Verzenay où il arrive le 22 à 3h45, après une marche extrêmement pénible. Il en repart à cinq heures pour Bezannes où il arrive vers la fin de l'après-midi. Il est en réserve, à la disposition du Général commandant la 23° D. I. et escompte un repos bien mérité. Ce repos devait être court: dès le lendemain matin le régiment va participer, en effet, aux opérations de la 23e D.I. aux abords de Reims.

 

LA POMPELLE — SAINT-LÉONARD

(23-27 Septembre)

 

   Le 23, à neuf heures, le Régiment est alerté et à dix heures il se met en marche direction : le bois à 1.500 mètres S.-O. de Puisieux, où il arrive à 12 h. 30. A treize heures il reçoit l'ordre d'enlever le fort de la Pompelle et d'attaquer les positions ennemies vers la côte 118. Il a à sa gauche, à l'ouest du fort, un bataillon du 78e, et à sa droite, la Division Marocaine établie dans des tranchées au nord de la voie ferrée. Le Régiment (moins le 3e bataillon laissé à la disposition du commandant de brigade) se met aussitôt en marche en colonne de route par Puisieux et Sillery, le 1er bataillon en tête. Après avoir dépassé la station de Sillery, ce bataillon se forme en colonne double ouverte face au nord. Le 2e bataillon s'échelonne en arrière : deux compagnies à la voie ferrée, les deux autres de chaque côté de la route conduisant le la station au Petit Sillery. Mais le bombardement par obus de gros calibre est tel que ces deux dernières compagnies ne tardent pas à venir chercher un abri derrière le talus du chemin de fer. Les pertes sont déjà sérieuses, et de nombreux blessés affluent vers le Petit Sillery où se trouve le P.C. du lieutenant-colonel. Le terrain sur lequel chemine le bataillon DESSIGNY est presque dépourvu d'abris; il est balayé par les balles et les obus et la progression est très lente. Il est d'ores et déjà certain qu'il sera impossible d'atteindre avant la nuit l'objectif éloigné assigné au Régiment. Cependant, les éléments de première ligne se sont sensiblement rapprochés de la grande route et d'Alger-Auberge. Il semble possible, à la faveur de la nuit tombante, de s'emparer par une attaque brusquée au fort de la Pompelle et de la ferme d Alger. L'ordre est envoyé au commandant DESSIGNY de prononcer cette attaque : deux compagnies du bataillon CLANCHE sont mises à sa disposition pour cette opération.

   Le bataillon DESSIGNY marche sur son nouvel objectif et s'en rapproche grâce à l'obscurité. Cependant le bataillon DE LALANDE, laissé près de Puisieux à la disposition du commandant de la brigade, a reçu directement de ce dernier l'ordre d'attaquer Alger-Auberge. II se porte donc dans cette direction et ne tarde pas à rejoindre les éléments du bataillon DESSIGNY. Malgré la nuit on se reconnaît, et aux cris de : « En avant ! A la baïonnette ! » l'attaque sur Alger-Auberge est déclanchée. Conduite avec une énergie furieuse, elle réussit pleinement. Peu après, les abords du fort de la Pompelle sont atteints et des éléments du 1er bataillon et la 5° compagnie (CAZAMIAN) en occupent les glacis.

   De part et d'autre de la route de Cambrai et des ruines fumantes d'Alger-Auberge, Français et Allemands se fusillent, les baïonnettes sont rouges et le champ de bataille encombré de blessés et de cadavres.

   Le 24, au point du jour, le lieutenant CAZAMIAN pénètre dans le fort de la Pompelle. Mais les Allemands prononcent une vigoureuse contre-attaque: nos troupes résistent et font des prodiges de valeur, le soldat Antoine CUISINIER tue à la baïonnette plusieurs soldats ennemis: le commandant DE LALANDE est mortellement atteint, le capitaine CLANCHE est tué. Les troupes à l'est du fort et aux abords d'Alger-Auberge sont contraintes de se replier jusqu'à la voie ferrée. A six heures, la contre-attaque est enrayée, le fort de la Pompelle nous reste. Mais l'ennemi le bombarde avec fureur, ainsi que le terrain occupé par nos troupes, les ponts et les passerelles sur le canal et sur la Vesle.

   A treize heures, la 42° D.I. vient relever le 138e et le Régiment reçoit l'ordre d'occuper et de défendre le secteur Saint-Léonard, Fort de la Pompelle. Il est encadré à gauche par le 63e et à droite par un bataillon du 78e. Tandis que la 42e Division prononce une violente attaque vers Alger-Auberge et les hauteurs à l'est, le 138e occupe ses nouveaux emplacements, et à dix-sept heures, la situation est la suivante: les restes des 1er et 2e bataillons, sous le commandement du commandant DESSIGNY, occupent à gauche du 78° la voie ferrée et la route de Cambrai. Ils ont derrière eux le Canal de l'Aisne à la Marne, puis la vallée marécageuse de la Vesle. Le 3e bataillon (De CUSSAC) est en réserve sur la rive sud du canal, à l'Est de Saint-Léonard.

   Le 25 septembre, pendant toute la matinée, grande activité des deux artilleries. A quinze heures, la 42e D. I. prononce une attaque que le 138° doit appuyer. La violence des feux ennemis fait échouer cette tentative.

   Le 26 septembre, à 4H30, l'ennemi déclanche une attaque furieuse sur le front occupé par le 138e et le 63e. Elle est exécutée par des troupes fraîches et des divisions d'élite, (garde), qui ont pour but de s'emparer du passage du canal et de la Vesle. Sous la violence de l'attaque, les éléments avancés du 63° reculent, découvrant la gauche du 138e et entraînant ainsi le repli de la compagnie du 3e bataillon (Cie MARTY) qui, la veille, a été envoyée au nord du canal pour assurer avec le 63e une liaison plus efficace. A droite, le bataillon DESSIGNY et les restes du 2° bataillon défendent, le terrain pied à pied. L'instant est critique. Un ordre transmis au commandant DESSIGNY, prescrit « qu'il est indispensable sous peine de provoquer un désastre, de résister sur place avec, la plus grande énergie... » Et nos soldats tiennent... que» d'actes de bravoure et d'héroïque abnégation à citer! En voici un entre cent: le soldat Emile NOUAL, de la 6e Cie, prend de lui-même à moins de deux cents mètres de l'ennemi la place d'un de ses camarades observateurs, en lui disant : «Toi, tu as de la famille, reste dans la tranchée. » Quelques instants après, il a la tête traversée pur une balle.

   Cependant notre flanc gauche est découvert : le commandant DESSIGNY y pare en formant un crochet défensif; il réussit ainsi à enrayer les progrès de l'ennemi.

   Devant Saint-Léonard, l'ennemi après avoir refoulé les fractions du 63° établies sur la voie ferrée, a pris pour objectif le pont sur le canal. Mais pour l'atteindre, il a à traverser un terrain découvert plat d'une profondeur de cinq à six cents mètres sous le feu des défenseurs de Saint-Léonard et du canal, savoir les débris de deux compagnies du 291e établies aux abords immédiats du pont; dans le village, la compagnie MOLLIE (11e Cie du 138e) puis, plus à l'est, le long du canal, les éléments restants du 3e bataillon. Une fusillade intense éclate de toutes parts : les sapeurs, les téléphonistes même du 138°, font le coup de feu derrière les créneaux pratiqués dans le mur de la ferme où est installé le P.C. du lieutenant-colonel LEFEBVRE.

   L'ennemi ne peut avancer qu'au prix de pertes terribles. Les fractions qui cherchent à progresser sont décimées par nos feux, de nombreux cadavres jonchent le sol. Bientôt, reconnaissant leur impuissance, les Allemands se replient au nord du chemin de fer.

   Le 27 septembre, nous progressons à notre tour, et nous reprenons les positions que nous avions perdues la veille et sur lesquelles nous nous retranchons solidement.

   Ainsi, non seulement l'ennemi a échoué dans ses attaques, mais il laisse entre nos mains plus de cent quatre-vingt prisonniers, qui le 26, avaient réussi à atteindre près du pont de Saint-Léonard la berge nord du canal où ils avaient trouvé un abri.

   Dans les journées du 23 au 20 septembre, le Régiment avait perdu 14 officiers et 1.200 hommes. Le commandant DE LALANDE, commandant le 3e bataillon, le capitaine CLANCHE, commandant le 2e bataillon, le capitaine SOUBIELLE,  adjoint au colonel, les sous-lieutenants BABAUD, COURMONT, JANOT, POUZET,   CABOURNAUD  étaient   tombés glorieusement à la tête de leurs vaillants soldats. Les pertes étaient terribles, mais la mission confiée au 138e était intégralement remplie, son drapeau s'auréolait d'une gloire nouvelle.

   Le 29 septembre, le Régiment relevé par le 107e se rend à Taissy. Le capitaine CAZAMIAN prend provisoirement le commandement du 2e bataillon. Le 1er octobre, la 23° division quitte les abords de Reims pour le camp de Châlons. Le 138e cantonne le soir à Jonchery-suir-Suippes où il arrive à vingt-trois heures.

   Le 2 octobre, il se réorganise.

   La guerre de mouvements est provisoirement terminée.

   La guerre de tranchées va commencer.

 

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